Black Bloc & Medias

Cette semaine, comme à chaque grand Black Bloc, la presse est inondée d’articles, de sujets TV et d’interviews sur le Bloc. “Qui sont les Black Blocs”, “Qui est cette ultra-gauche?”, “Que veut le Black Bloc” etc.
Ce traitement médiatique abusif n’est jamais un travail au long court donnant réellement la parole à ceux qui vivent et connaissent le Bloc. Il est traité de façon sporadique et abusive sans prendre le temps de comprendre un sujet extrêmement simple en apparence et pourtant si complexe.
La première erreur des médias est de parler des “militants Black Bloc”. Le Bloc n’est ni un mouvement, ni une organisation ni quoi que ce soit du genre. Il est le rassemblement spontané de groupes affinitaires sans structuration et hiérarchie. Les “militants Black Blocs” n’existent tout simplement pas. On peut bien évidemment parler du Bloc mais seulement en tant que tactique de manifestation. Des dizaines, centaines, voir milliers de militants plus ou moins “radicaux” se rassemblent couverts de noir pour garder leur anonymat et ensemble former une masse déterminée à lutter plus ou moins violemment. Le Bloc par principe ne connaît pas d’organisation, il est le fruit de discussions en interne durant son existence quand aux actions à mener. Mais le Black Bloc n’existe pas avant la manifestation et n’existe plus après. Il est éphémère.
Certains médias cherchent aussi à définir qui est le militant du Bloc. Cette question n’a tout simplement pas lieu d’être quand on connait un minimum le mouvement. Ce sont des voisins, des amis, des collègues, des gens tout simplement. Il n’y a pas de cliché, de modèle ou autre. C’est un ensemble de femmes et d’hommes de tous genres, de tous milieux sociaux. Vouloir mettre une image sur le militant du Bloc devrait être celle d’un individu lambda qui lui est prêt à se battre pour défendre ses idéaux. Il est facile de trouver des interviews de militant du Bloc mais personne n’est réellement légitime pour parler au nom du Bloc de part sa nature. Les militants ne sont pas d’accord sur tous les sujets, sur les actions et sur les degrés de violences. Se servir d’un échantillon pour en tirer des généralités est une grave erreur journalistique qui cherche des “portes paroles” n’existant pas.
La difficulté de traiter le sujet fait que les médias le survolent par facilité. En effet la plupart des militants est réfractaire quand au fait de s’adresser aux médias pour différentes raisons. Déjà le traitement qu’il y a actuellement est un exemple du manque de profondeur des sujets et de stigmatisation des militants. A partir de là par méfiance et par refus de parler à un média appartenant à un gros capital, les militants ne vont pas s’exprimer dessus. Le tout devient rapidement un cercle vicieux où chacun repousse la faute sur l’autre. De plus, la tendance des médias à vouloir dégager le profil type du militant du Bloc souvent cliché et réducteur ne peut qu’agacer les militants. 
En manifestation le Bloc est aussi réfractaire aux médias qui réalisent des images, car énormément de journalistes sur le terrain n’ont pas conscience que leurs images peuvent envoyer des gens en prison en servant de preuves. En début de manifestation il y a toujours devant le Black Bloc un Press Bloc agglutiné à essayer d’avoir la même image. Cela pousse certains militants à vouloir détruire le matériel de ces journalistes qui sont à la recherche de L’IMAGE. Mais dire que ces militants détestent les journalistes est un raccourci totalement faux. De nombreux journalistes pour la plupart indépendants travaillant au long terme sur le sujet et respectant l’anonymat sont acceptés dans le Bloc. Dans tous les milieux pouvant envoyer les sujets en prison il faut gagner leur confiance et la mériter. Respecter la protection des sources. Le fait que la majorité des sujets sur le Bloc sont réalisés par des journalistes ne connaissant que très peu le sujet est un réel problème vu que d’autres travaillent depuis longtemps en contact avec le Bloc et sont bien plus aptes à en parler.
A partir de tout ça il est extrêmement difficile pour les deux de s’entendre. Le Bloc n’ayant aucune confiance aux médias qui adoptent des raccourcis et des images chocs et les médias traitant le sujet à l’aveugle, maladroitement, sans prendre le temps et n’ayant aucun accès aux militants devenus craintifs rend le traitement complètement erroné.

Le Black Bloc quand on le voit de l’intérieur est un ensemble complexe et éphémère pouvant être très violent, mais étant aussi remplis de solidarité et d’humour. Traiter le sujet à partir des violences n’est pas pertinent. Il faudrait que les médias prennent le temps de comprendre cette tactique et de la traiter comme telle. Qu’ils s’intéressent à l’Humain sous la cagoule sans stigmatisations, raccourcis et généralités le tout dans une confiance partagée.

Pour en savoir un peu plus : 
https://www.maximereynie.fr/je-suis-anarchiste
https://www.youtube.com/watch?v=-VVzHq0peaE
Le livre Les Blacks Blocs chez Lux Editeur

1
Using Format